
Dénutrition : symptômes, causes, diagnostic et prise en charge
La dénutrition est un état pathologique résultant d’un déséquilibre entre les apports alimentaires et les besoins de l’organisme. La dénutrition touche plus de 2 millions de personnes en France. Elle provoque une fonte musculaire et un affaiblissement des défenses immunitaires, souvent difficiles à repérer à l’œil nu.
L’essentiel
- Définition : la dénutrition résulte d’un déséquilibre entre les apports nutritionnels et les besoins de l’organisme. Ce n’est pas une simple maigreur.
- Diagnostic : exclusivement clinique depuis 2019. Il associe au moins 1 critère phénotypique et au moins 1 critère étiologique (HAS).
- IMC : un IMC normal ou élevé n’exclut pas une dénutrition. Une personne en surpoids ou en situation d’obésité peut être dénutrie.
- Albumine : l’albuminémie n’est pas un critère de diagnostic. C’est un critère de sévérité, utilisé une fois le diagnostic posé.
- Risque : chez la personne âgée dénutrie, le risque de mortalité est multiplié par quatre (INRAE).
- Prise en charge : enrichissement des repas en priorité, puis compléments nutritionnels oraux (CNO) sur prescription médicale.
Qu’est-ce que la dénutrition ?
La dénutrition est une pathologie à part entière, provoquée par un décalage entre les apports alimentaires et les besoins réels de l’organisme. Lorsque les apports sont insuffisants, le corps puise dans ses réserves et consomme ses propres tissus musculaires. Il ne s’agit pas d’une minceur constitutionnelle, mais d’un état de santé qui nécessite une prise en charge médicale.
La Haute Autorité de Santé a publié de nouvelles recommandations en novembre 2019 pour l’enfant et l’adulte de moins de 70 ans, puis en novembre 2021 pour les personnes de 70 ans et plus. Ces recommandations actualisent et complètent le premier texte de 2007, et guident aujourd’hui les soignants dans le diagnostic de la dénutrition.
La fonte musculaire provoquée par la dénutrition entraîne une fragilité générale et une fatigue marquée.
Dénutrition, malnutrition, déshydratation : quelles différences ?
| Terme | Ce qu’il désigne | Marqueur central |
| Dénutrition | Apports nutritionnels inférieurs aux besoins de l’organisme | Perte de masse maigre (muscle) |
| Malnutrition (définition OMS) | Déséquilibres nutritionnels variés, par carence ou par excès | Écart aux besoins, dans les deux sens |
| Déshydratation | Manque d’eau dans l’organisme | Bilan hydrique, pas la masse maigre |
Dans la dénutrition, le muscle peut fondre avant la graisse. C’est ce qui explique qu’un IMC normal ou élevé n’exclut jamais une dénutrition.
Le diagnostic de dénutrition relève strictement du domaine médical. Seul un professionnel de santé peut le poser : il ne doit jamais être établi par le patient lui-même.
Quelles sont les causes de la dénutrition ?
La cause la plus fréquente de dénutrition est la diminution des prises alimentaires : perte d’appétit, difficultés à déglutir, troubles bucco-dentaires. Une seconde cause majeure est l’hypermétabolisme, lorsque certaines pathologies aiguës, chroniques ou malignes entraînent un hypercatabolisme protéique. La malabsorption intestinale constitue le troisième mécanisme reconnu par la HAS.
Réduction des apports alimentaires
La perte d’appétit ou les difficultés à déglutir réduisent les apports nécessaires. Cette réduction des apports est souvent le premier signal d’alerte de la dénutrition.
Hypermétabolisme et situations d’agression
Certaines pathologies aiguës, chroniques ou malignes entraînent un hypercatabolisme protéique : l’organisme consomme ses réserves plus vite qu’il ne les reconstitue. La HAS classe ces situations d’agression parmi les critères étiologiques du diagnostic de dénutrition.
Malabsorption intestinale
La malabsorption est reconnue comme critère étiologique par la HAS. Le corps reçoit les aliments mais ne les assimile pas correctement : les nutriments traversent le tube digestif sans être captés.
Facteurs de risque associés
Plusieurs facteurs peuvent contribuer à la dénutrition :
- Les troubles bucco-dentaires
- L’isolement social
- Les effets secondaires de certains médicaments
- Les maladies inflammatoires
- Les difficultés financières
- La dépression, qui peut réduire l’envie de manger
Selon l’OMS, la malnutrition englobe des déséquilibres variés, pouvant résulter de carences comme d’excès. Chaque situation de dénutrition nécessite une analyse clinique, et l’interprétation des résultats biologiques revient au médecin.
Comment reconnaître les signes de la dénutrition ?
Le signe le plus visible de la dénutrition est la perte de poids involontaire. La HAS retient comme critère une perte d’au moins 5 % en un mois, d’au moins 10 % en six mois, ou d’au moins 10 % par rapport au poids habituel avant le début de la maladie. S’y ajoutent la fonte musculaire, une fatigue persistante et une cicatrisation ralentie.
Perte de poids involontaire
Des vêtements devenus trop larges ou une baisse du poids sans changement d’habitudes alimentaires justifient une consultation. Les seuils de la HAS sont exprimés en pourcentage, et non en kilos, car leur signification dépend du poids de départ.
Fonte musculaire
La fonte musculaire liée à la dénutrition modifie la silhouette de façon perceptible : les jambes s’affinent, la marche devient plus pénible et la force diminue pour les gestes quotidiens.
Fatigue persistante
Une fatigue qui ne cède pas au repos doit alerter sur un risque de dénutrition.
Peau et cicatrisation
Une cicatrisation ralentie peut traduire des carences, l’organisme priorisant les fonctions vitales.
En cas de doute, il est recommandé de consulter son médecin traitant, seul habilité à interpréter ces signes cliniques. Une prise en charge trop tardive ou une reprise alimentaire mal encadrée expose au syndrome de renutrition inappropriée.
Qui est concerné par la dénutrition ?
Les personnes de 70 ans et plus sont les plus exposées à la dénutrition : avec l’âge, les sensations de faim et de soif diminuent et l’isolement aggrave la perte d’appétit. Les patients atteints de cancers ou de maladies chroniques sont également très concernés. À La Réunion, la prévalence des maladies métaboliques renforce cette vulnérabilité.
Personnes âgées
L’INRAE souligne que la dénutrition menace la santé, l’autonomie et l’espérance de vie des personnes âgées, et rappelle que plus de deux millions de personnes sont concernées en France. Chez la personne âgée dénutrie, l’INRAE indique que le risque de mortalité est multiplié par quatre. La vigilance des aidants est déterminante.
Patients atteints de pathologies chroniques ou de cancer
La pathologie et ses traitements sollicitent fortement les réserves de l’organisme, ce qui expose ces patients à la dénutrition.
Contexte réunionnais
À La Réunion, la prévalence des maladies métaboliques renforce le risque de dénutrition. Le diabète ou les suites d’une chirurgie bariatrique demandent un suivi nutritionnel attentif.
Enfants
Les enfants peuvent également être touchés par la dénutrition lors de maladies graves : un déficit calorique peut freiner leur croissance.
| Profil à risque | Facteur aggravant | Point de vigilance |
| Seniors dépendants | Isolement social | Perte de poids récente |
| Patients en oncologie | Traitements et hypercatabolisme | Fonte musculaire |
| Suites opératoires | Chirurgie bariatrique | Carences en nutriments |
| Maladies chroniques | Polymédication | Apports caloriques insuffisants |
Comment se fait le diagnostic de la dénutrition ?
Depuis 2019, le diagnostic de dénutrition est exclusivement clinique. Il repose sur l’association d’au moins un critère phénotypique et d’au moins un critère étiologique définis par la HAS. Un seul critère isolé ne suffit pas à poser le diagnostic de dénutrition. Seul un médecin est habilité à le valider.
Les critères HAS
| Critères phénotypiques (au moins 1) | Critères étiologiques (au moins 1) |
| Perte de poids ≥ 5 % en 1 mois ou ≥ 10 % en 6 mois | Réduction de la prise alimentaire |
| IMC abaissé (seuil plus élevé après 70 ans) | Malabsorption ou maldigestion |
| Réduction de la masse ou de la force musculaire | Situation d’agression (hypercatabolisme) |
Le rôle de l’IMC
L’Indice de Masse Corporelle (IMC) situe le poids par rapport à la taille. Le seuil retenu chez la personne de 70 ans et plus est plus élevé que chez l’adulte jeune. Un IMC normal ou élevé n’exclut pas une dénutrition : une personne en surpoids ou en situation d’obésité peut être dénutrie.
L’albumine : critère de sévérité, pas de diagnostic
Le dosage de l’albumine complète l’examen clinique. L’albuminémie n’est pas un critère diagnostique de la dénutrition. C’est un critère de sévérité, utilisé une fois le diagnostic posé pour distinguer une dénutrition modérée d’une dénutrition sévère.
Autres examens
Le médecin évalue la cinétique de la perte de poids ainsi que la force musculaire, par exemple au moyen d’une mesure de la force de préhension. Le Mini Nutritional Assessment (MNA) est un outil de dépistage utilisé chez les aînés pour repérer précocement les fragilités nutritionnelles.
Les analyses biologiques ne doivent pas être interprétées isolément. Une réévaluation régulière est nécessaire, car l’état nutritionnel évolue dans le temps.
Comment se soigne la dénutrition ?
La prise en charge de la dénutrition repose d’abord sur l’enrichissement de l’alimentation quotidienne : on ajoute des calories et des protéines sans augmenter le volume des repas. Si l’enrichissement ne suffit pas, des compléments nutritionnels oraux (CNO) peuvent être prescrits. L’objectif est de stabiliser l’état nutritionnel dans la durée, aucune guérison n’étant garantie.
Enrichissement de l’alimentation
L’enrichissement consiste à augmenter la densité calorique et protéique des repas sans en augmenter le volume. Le plaisir de manger reste un élément central de la démarche.
Compléments nutritionnels oraux (CNO)
Les compléments nutritionnels oraux viennent en renfort lorsque l’enrichissement ne suffit pas. Ces boissons ou crèmes apportent les nutriments manquants et complètent les repas sans les remplacer. Les CNO sont utilisés sur prescription et sous contrôle médical.
Les leviers de la prise en charge
- Enrichissement des plats
- Compléments nutritionnels oraux
- Suivi diététique
- Activité physique adaptée
- Soins bucco-dentaires
Prise en charge en Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR)
En service de Soins Médicaux et de Réadaptation, l’équipe est pluridisciplinaire : médecins, diététiciens et kinésithérapeutes collaborent, chacun apportant son expertise. Le médecin évalue la stratégie la plus adaptée à chaque situation. Une nutrition entérale peut être envisagée selon la capacité digestive du patient.
Aucune guérison n’est garantie par ces protocoles. L’objectif est de stabiliser l’état nutritionnel dans la durée, en traitant parallèlement les causes sous-jacentes de la dénutrition.
Qu’est-ce que le syndrome de renutrition inappropriée ?
Le syndrome de renutrition inappropriée survient lorsque l’organisme reçoit un apport énergétique important après un jeûne prolongé ou une période de carence. Les déséquilibres en sels minéraux qui en résultent peuvent avoir des conséquences cardiaques. Une surveillance médicale encadre cette étape du soin, dont la prévention fait partie des recommandations de la HAS.
La dénutrition interfère aussi avec la gestion du diabète ou de l’obésité. Ces pathologies croisées complexifient le suivi nutritionnel et demandent une approche individualisée.
Quand consulter pour une dénutrition ?
Il n’est pas nécessaire d’attendre une perte de poids importante pour consulter. Dès que l’appétit diminue durablement, un avis professionnel est justifié. Une fatigue inhabituelle ou des chutes répétées motivent également une consultation. Le médecin traitant reste le premier interlocuteur et peut orienter vers un spécialiste.
Les signes qui justifient d’en parler à un médecin :
- Une perte de poids involontaire d’environ 5 % en un mois ou 10 % en six mois
- Des difficultés à mâcher ou à déglutir
- Une fatigue intense inexpliquée
- Un désintérêt durable pour les repas
- Des chutes répétées
Une intervention précoce facilite la prise en charge de la dénutrition.
L’INRAE met à disposition le guide « Grand âge et Petit appétit », destiné aux personnes âgées et à leurs aidants, qui propose des conseils pratiques pour le quotidien.
Prise en charge de la dénutrition à La Réunion
La Clinique Oméga est un établissement de Soins Médicaux et de Réadaptation (SMR) situé au Port, à La Réunion. L’établissement accompagne les patients dans leur parcours de soins, avec une équipe pluridisciplinaire réunissant médecins, diététiciens et kinésithérapeutes.
Cette page a une vocation informative et ne remplace pas une consultation médicale.
Questions fréquentes
Comment définit-on précisément la dénutrition ?
La dénutrition est un état pathologique qui survient lorsqu’il existe un déséquilibre entre les apports alimentaires et les besoins de l’organisme. Il ne s’agit pas d’une simple perte de poids : privé de nutriments essentiels, le corps puise dans ses propres réserves musculaires. Selon la Haute Autorité de Santé, la dénutrition se caractérise par une altération des fonctions physiologiques et une fonte de la masse maigre. Elle peut toucher toute personne, y compris avec un IMC normal ou élevé, si la perte de poids est rapide et involontaire.
Quels sont les principaux facteurs qui déclenchent la dénutrition ?
Les causes de la dénutrition sont souvent multiples et peuvent s’additionner : diminution des apports liée à une perte d’appétit, troubles bucco-dentaires, isolement social, mais aussi hypermétabolisme. Dans ce dernier cas, des pathologies comme un cancer ou une hyperthyroïdie augmentent fortement la dépense énergétique. D’autres facteurs interviennent : effets secondaires de médicaments, troubles digestifs gênant l’assimilation des nutriments, difficultés financières. Chez les seniors, la diminution des sensations de faim et de soif constitue un risque supplémentaire.
Quels signes doivent alerter sur un risque de dénutrition ?
Le signal le plus évident de la dénutrition est une perte de poids involontaire, même modérée. Des vêtements devenus trop larges ou une baisse du poids sans changement d’habitudes justifient une vigilance. Une fatigue persistante, une perte de force musculaire ou une cicatrisation ralentie sont également des indicateurs cliniques. D’autres manifestations peuvent apparaître, comme une peau sèche ou une chute de cheveux inhabituelle. Un désintérêt pour les repas ou des difficultés à mâcher méritent d’être signalés à un professionnel de santé.
Qui sont les personnes les plus exposées à la dénutrition ?
En France, plus de 2 millions de personnes sont touchées par la dénutrition, avec une vulnérabilité accrue chez les personnes de 70 ans et plus. L’avancée en âge, combinée à l’isolement ou à la perte d’autonomie, rend le dépistage précoce important. Les patients souffrant de maladies chroniques, de cancers ou ayant subi une chirurgie lourde sont également concernés. Les enfants ne sont pas épargnés, leurs besoins liés à la croissance rendant tout déficit calorique particulièrement impactant.
Comment se déroule le diagnostic médical de la dénutrition ?
Le diagnostic de dénutrition repose sur les critères de la HAS actualisés en 2019 et 2021, associant un critère phénotypique (perte de poids, IMC abaissé ou critère musculaire) et un critère étiologique (réduction des apports, malabsorption ou situation d’agression). Le Mini Nutritional Assessment peut compléter l’évaluation chez la personne âgée. Le dosage de l’albumine n’est pas un critère diagnostique : il sert à évaluer la sévérité une fois la dénutrition établie. Seul un professionnel de santé est habilité à valider ce diagnostic.
L’albumine permet-elle de diagnostiquer une dénutrition ?
Non. L’albuminémie n’est pas un critère diagnostique de la dénutrition. Selon la HAS, elle constitue un critère de sévérité : elle est utilisée une fois le diagnostic posé, pour distinguer une dénutrition modérée d’une dénutrition sévère. Le diagnostic lui-même est exclusivement clinique depuis 2019 et repose sur l’association d’au moins un critère phénotypique et d’au moins un critère étiologique.
Peut-on être dénutri en étant en surpoids ?
Oui. Un IMC normal ou élevé n’exclut pas une dénutrition. Une personne en surpoids ou en situation d’obésité peut être dénutrie, car le muscle peut fondre avant la graisse. C’est la perte de masse maigre, et non le poids absolu, qui caractérise la dénutrition. Une perte de poids rapide et involontaire chez une personne en surpoids doit donc être évaluée médicalement.
En quoi consiste la prise en charge de la dénutrition ?
La stratégie repose prioritairement sur la renutrition, qui commence par l’enrichissement des repas quotidiens en calories et en protéines, sans en augmenter le volume. Si cela ne suffit pas, le médecin peut prescrire des compléments nutritionnels oraux. Dans certains cas, notamment en service de Soins Médicaux et de Réadaptation, une équipe pluridisciplinaire accompagne le patient. L’objectif est de stabiliser l’état nutritionnel dans la durée et de traiter les causes sous-jacentes, sans qu’une guérison puisse être garantie.
Sources institutionnelles
- HAS : Diagnostic de la dénutrition de l’enfant et de l’adulte de moins de 70 ans, recommandation de bonne pratique, novembre 2019
- HAS : Diagnostic de la dénutrition chez la personne de 70 ans et plus, recommandation de bonne pratique, novembre 2021.
- INRAE : Guide pratique « Grand âge et Petit appétit » et travaux du projet RENESSENS.
- OMS : Définition et cadre de la malnutrition.
- Assurance Maladie (Ameli) : Information sur la dénutrition et son dépistage.
Relu par : Dr Julie Gonneau-Lejeune, médecin nutritionniste, Clinique Oméga
Date de dernière révision médicale : 11/08/2026



